Présentation

Geneviève Bertrand est Conseillère de Paris, adjointe au maire du 6e, déléguée aux questions européennes, et aux ressortissants étrangers, chargée des relations avec les Universités. Geneviève Bertrand est présidente de la Section UDF du VIème arrondissement et vice-présidente du groupe UDF au Conseil de Paris.

Vendredi 1 décembre 2006

A l'extrême ouest de la péninsule eurasiatique, Paris est indubitablement une capitale d'Europe. De celles que les touristes venant de Chine ou des Etats-Unis visitent en deux ou trois jours et nuits dans leur circuit européen.

Mais au sein de l'Union européenne, Paris est une capitale parmi les vingt-cinq. Vingt-cinq capitales qui, à tout moment, font assaut de label européen et de visibilité à l'échelle européenne, sans compter toutes les mégalopoles régionales qui, comme Milan, Barcelone, Munich ou Glasgow peuvent damer le pion à bien des capitales.

Si dans la compétition mondiale Paris a une place à maintenir et à reconquérir sans cesse, dans l'Union européenne la question se pose de savoir si Paris se pense et s'assume comme une capitale activement européenne.

1) A l'échelle mondiale, la qualité est disputée et la menace est forte -faute de s'imposer constamment- de voir rivaliser des cités, peut-être moins dotées par l'Histoire, mais plus dynamiques dans les combats actuels.

Car l'histoire et la géographie, la culture et le tourisme, ne disent pas tout et pour toujours de la place des grandes cités dans les compétitions européenne et mondiale. Au cours de l'Histoire, bien des villes mythiques ont sombré. Babylone, Delphes, Pompéi, sont loin de leurs splendeurs passées. Face au développement époustouflant de Shanghaï ou Vancouver, Paris apparaît d'un conservatisme frileux qui peine à faire la synthèse du legs de l'Histoire et du train de la modernité. Une telle conjugaison est pourtant une question de survie. Une capitale comme La Haye l'a d'ailleurs très bien réalisé. En effet, à l'heure de la mondialisation sans pitié et sans concessions, des NTIC qui abolissent les distances et en conséquence les choix d'implantation économique et touristique, des lieux de mode ou de musique, comme des sièges sociaux de multinationales, le charme et la beauté sont limités face au bouillonnement créatif, à l'architecture conquérante, au marché du travail vibrionnant des mégalopoles montantes. Alors si Paris, capitale européenne historique, entend le rester, au-delà des héritages que sont la Sorbonne et les Champs-Elysées, la Défense et la ZAC Rive Gauche, c'est bien à des actes concrets inscrits dans une vision à long terme que cette volonté doit se manifester. A ce stade, Paris accumule les très bons et les très mauvais chiffres. Malgré la précaution à attacher aux chiffres, ils signalent néanmoins les lumières et les ombres. Nombre record de touristes par an, mais quels touristes ? du reste du monde ou des provinces françaises ? Nombre record de demandeurs d'emploi, mais Parisiens ou du reste du monde ? Implantation de sièges sociaux, mais nationaux ou européens et mondiaux ?

Alors, Paris ?

Si Paris remporte l'organisation des Jeux Olympiques de 2012, ce sont, comme le dit son Maire, Bertrand Delanoë, « vingt ans de gagnés » dans la grande entreprise de rénovation urbaine : infrastructures de transports, tramway circulaire, sites propres pour autobus, réorganisation du fret d'approvisionnement urbain, couvertures des voies ferrées situées en zones urbaines, reconquête de quartiers entiers dont le délabrement fait honte à Paris, création du village olympique sur le site des Batignolles prévu pour une reconversion en logements étudiants et sociaux.

Et surtout une vaste bouffée d'oxygène, d'air frais, de confiance en l'avenir, de planification des travaux, de cofinancements, de concours d'architecture, de dépassement des pesanteurs administratives (SNCF, RFF), d'ouverture sur le monde (modèle de Sydney 2000, contre-modèle d'Athènes 2004, exemple de Barcelone, souvenir d'Albertville), des dizaines de milliers d'emplois directs, d'incalculables retombées économiques, quelque chose comme une foi retrouvée par un défi placé sous les yeux de la planète.

Mais si les Jeux ne sont pas attribués à Paris, à l'Ile-de-France, à la France, le coup de pouce attendu de l'extérieur sera à trouver dans les volontés et les décisions intérieures. En tout état de cause, il faudra changer les mentalités, en raison du cours de l'Histoire qui stigmatisera les « allants » comme Londres, Berlin, Helsinki, Tallinn, Madrid, Lisbonne ou Luxembourg et laissera de côté les « perdants ».

Faute de tout mettre en œuvre, en temps et en heure, de la diffusion du numérique et du haut débit à la recherche performante en santé, en biotechnologies, en environnement, les jeunes générations sont tentées de plus en plus fortement d'aller trouver ailleurs ce que les responsables tardent par trop à rendre possible en France.

Pourtant, d'incomparables atouts caractérisent Paris, ou du moins certains quartiers, à l'adresse de certaines populations cultivées et aisées. Une vraie qualité de vie peut y être trouvée, mais attention ! dans bien des endroits au monde le luxe et le charme existent, la culture et la sécurité aussi. Quant à l'errance des capitaux et des personnes en quête d'optimisation des performances et des satisfactions, la mobilité ne devrait que se renforcer et s'accélérer. Compétition à l'échelle de la planète, identités revendiquées et assumées, réseaux mondiaux renforcés, tout concourt à mettre sous le regard du monde les performances particulières. Si les opérateurs économiques performants n'attendent pas les pouvoirs publics pour ce faire, les collectivités publiques, elles, dépendent des capacités de leurs décideurs à prendre les bonnes orientations et faire les bons choix.

2) A l'échelle de l'Union européenne, Paris n'a que trop tardé à décider de sa labellisation et de sa visibilité européennes.

Le label, c'est la participation volontariste aux politiques européennes appliquées à une collectivité locale. De même que la Région Ile-de-France ne s'est décidée à mobiliser les fonds régionaux européens que depuis trois ans (600 millions d'euros tout de même pour une période de 6 ans), de même la Ville de Paris n'a pris la mesure des financements et des politiques qui pouvaient lui être appliqués que depuis 2001. Les méthodes et les mentalités ont radicalement changé. Si les précédents exécutifs municipaux avaient ignoré superbement les possibilités de recourir aux apports de la construction européenne à la vie quotidienne des Parisiens, soit par inertie, soit par crainte des contrôles budgétaires induits par les cofinancements européens, désormais les options sont clairement celles d'un ancrage de la Ville et du Département dans les politiques européennes.

A preuve, cette liste que je livre telle qu'elle me fut adressée, à la fin de l'année 2004, en réponse à la question que j'avais posée au Maire de Paris. Sachant qu'une cellule européenne efficace était en place, je demandais quels financements, par thématique, étaient obtenus au titre de programmes européens depuis le début de la mandature.

Voilà la réponse que chacun sera libre d'apprécier. « Les thématiques principales sont les suivantes :

L'information sur l'élargissement de l'UE, au titre de laquelle l'exposition photo « fragments d'Europe » en mai 2004 sur les Champs-Elysées, financée par l'UE à hauteur de 55.000 €,

L'environnement, avec le programme LIFE, pour une participation à une mise en commun des Eco-Maires d'une comptabilité environnementale-test, sur les thèmes des déchets et de l'eau non potable, dossier présenté en 2003. Le financement européen total attendu sera d'environ 55.000 € pour cette opération en cours jusqu'à 2005,

La voirie et les déplacements, où la participation au programme « Capitals'ITTS » (Systèmes de transport intelligent dans les capitales) a conduit à un financement de 98.000 € et permis de bénéficier de l'utilisation du logiciel de forfait de stationnement pour les autocars de tourisme mis au point par ce programme,

La recherche, avec une étude de logiciel ayant trait à l'environnement dans le cadre du 5e PCRD (Programme cadre de recherche et de développement) pour un montant du cofinancement de 21.300 € et la participation de l'ESPCI à un programme européen de recherche fondamentale pour 200.000 € en 2003/2004,

La coopération décentralisée, par la prise en charge par l'UE des études et des heures de personnel mis à disposition par la Ville de Paris sur les années 2004 et 2005 pour l'étude sur la protection du patrimoine de Pékin menée en liaison avec la ville de Rome, pilote du projet, sur le programme ASIA URBS,

L'intégration, avec le projet intitulé « Chinois d'Europe et intégration » qui vise à mieux connaître les Parisiens originaires de Chine.

Ce projet se déroule de 2002 à 2005 et est porté par la Ville dans le cadre du volet EQUAL du Fonds Social Européen. La globalité du projet s'élève à 882.000 € dont 415.000 € de fonds européens desquels la part propre revenant à la Ville se monte à 145.000 €,

La formation professionnelle des agents de la Ville, destinée à améliorer l'accueil des étrangers dans les services publics, via le programme Léonardo da Vinci, en partenariat avec la ville de Rome, en 2004 et 2005. La recette attendue de l'UE sur cette action est de 29.000 €,

L'insertion professionnelle, les politiques actives du marché du travail, l'égalité des chances et l'intégration sociale, l'éducation et la formation tout au long de la vie, l'adaptation des travailleurs, l'esprit d'entreprise, l'innovation, l'amélioration de l'accès et de la participation des femmes au marché du travail : cet ensemble a fait l'objet d'un gros travail des équipes depuis 2003 qui a abouti aux conventions-cadres du Fonds Social Européen regroupant une cinquantaine d'actions qui seront  réalisées de 2004 à 2006 et pour lesquelles la Ville et le Département devraient percevoir un peu plus de 11 M € sur 3 ans. Ces deux conventions-cadres liant la Ville et l'Etat et le Département et l'Etat ont été approuvées en Conseil de Paris les 10 et 11 mai 2004. »

S'agissant de la visibilité du fait européen à Paris, je promeus depuis quatre ans au Conseil de Paris l'idée de créer à Paris un Espace des Européens, central, unique, accessible, identifiable, ouvert à tous, lieu de toutes les informations sur l'Europe, accès à toutes les données utiles. Information et formation, rencontres, échanges, y seraient regroupés pour offrir aux Parisiens, aux Franciliens, aux Français ou aux Européens, aux visiteurs du monde entier, l'accès à la connaissance et aux moyens proposés par l'Union européenne et par ses Etats membres.

Mettre Paris aux dimensions de l'Europe. Offrir un champ de vision qui s'étende au moins aux frontières extérieures de l'Europe élargie pour voir plus grand, plus loin, plus utile, en matière de mobilité professionnelle, d'installation des personnes jeunes ou moins jeunes, professionnels, retraités, en matière de reconnaissance de la diversité des cultures, des histoires (même belliqueuses), des langues, de la presse, des médias, de la gastronomie, de la mode, des arts, des innovations, des créations, des imaginations, des reconversions, des nouvelles et des anciennes formes de vie en société, des religions, des habitats, des environnements, des études, des universités, de l'accès pour tous à Internet, de la participation à la vie citoyenne.

Cette idée est jusqu'à présent largement partagée de la droite à la gauche, mais elle n'est pas encore portée. Jean Monnet avait une conception de l'efficacité qui me revient en mémoire : « avoir une idée d'abord, chercher ensuite l'homme qui aura le pouvoir de l'appliquer. » Or une telle idée concerne non seulement la Ville et le Département de Paris, mais aussi la Région, l'Etat, la Commission européenne, le Parlement européen. Promouvoir cette idée jusqu'à en faire un projet requiert :

1) un initiateur du projet : le Maire de Paris ? le Ministre des Affaires étrangères ? le Premier Ministre ?

2) une coordination de tous les acteurs potentiels pour définir les contours du projet, le tour de table financier, les dimensions, la pérennisation

3) un lieu central et accessible (tel que l'aérogare des Invalides, la Bourse du Commerce dans le quartier des Halles de Paris ?)

4) une équipe de pilotage et un calendrier

5) l'implication d'élus de tous les niveaux concernés (parlementaires européens, nationaux, élus régionaux, municipaux…).

Tandis qu'une préfiguration est actuellement à l'étude dans les services de la Ville de Paris, toutes les suggestions restent les bienvenues en vue de dessiner l'Espace idéal des européens à Paris.

Donner envie d'Europe, c'est donner non seulement le goût d'Europe en général, mais concrètement, l'appétit de métiers européens, de déroulements de carrières européens, de cursus universitaires, administratifs, professionnels européens. Le temps n'est plus à des discours généraux et vains sur une Europe abstraite, l'urgence est à des actes concrets appropriables par tous, quels que soient le niveau de réussite atteint et les espoirs caressés.

Ne dites pas aux gens « Aimez l'Europe » qu'ils ne voient pas ! Faites-leur voir l'Europe et se l'approprier, pour multiplier leurs chances et leurs perspectives. Alors seulement pourront-ils aimer ce qu'ils voient, touchent et éprouvent pour leur réalisation à eux. L'Europe est une chance de survie pour la France qui, avec 1 % de la population mondiale, ne saurait prétendre à beaucoup d'influence, sa pratique démentant de plus en plus ses théories (des droits de l'homme, de l'égalité entre les sexes, de l'imagination au pouvoir, de la bonne gestion des finances publiques).

Ses droits proclamés étant devenus universels, elle n'en a plus le monopole. Tout au plus peut-elle espérer jouer un rôle dans la partition européenne, à la condition que ses élus, ses élites et l'ensemble de ses forces vives s'y impliquent et en fassent leur dimension pratique. Alors seulement Paris aura tout son poids parmi les capitales européennes, influencera et offrira le rêve et la réalité de ses atouts.

Geneviève BERTRAND

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

par Geneviève Bertrand publié dans : Analyse
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Mercredi 29 novembre 2006

J'interviendrai au prochain Conseil de Paris, les 11 et 12 décembre 2006, sur le projet de budget 2007.

Vos suggestions sont les bienvenues  !

par Geneviève Bertrand publié dans : Budget de Paris
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Mardi 28 novembre 2006

CONSEIL DE PARIS  13-14 Novembre 2006

INTERVENTION de Mme Geneviève BERTRAND sur la Communication du Maire de Paris sur le développement économique, l’innovation, la recherche et l’enseignement supérieur  

Monsieur le Maire, mes chers collègues,

Très attendue, votre communication sur le développement économique, l’innovation, la recherche et l’enseignement supérieur nous est apparue, au groupe UDF, comme un feu d’artifice, riche des prises de conscience de l’accélération des changements du monde et embrassant le spectre de la prévention des besoins. Vous y traitez de l’attractivité des villes et de la diversité des emplois, deux soucis prioritaires, deux maîtres mots.

Attractivité vitale qu’il appartient aux élus de mettre en œuvre et qui doit être au cœur de leurs préoccupations. Les critères en sont : les infrastructures, le cadre de vie, la fiscalité et, bien sûr, l’attention que l’on porte aux entreprises.

Diversité qui va de l’équipement le plus large et le plus rapide aux nouvelles technologies de l’information et des communications, indispensables tant aux entreprises qu’aux particuliers et, enfin, prise en compte des personnes les plus fragiles quant à l’accès à l’accès à l’emploi.

Un récent Forum sur la diversité qui s’est tenu dans cette maison a montré que les personnes les plus fragiles étaient non seulement les personnes handicapées, non seulement celles qui ont une mauvaise adresse, mais plus surprenant les personnes de forte corpulence qui représentent 12 % de la population parisienne, paraît-il.

Au-delà du bilan des perspectives économiques de la Capitale que vous exposez, notamment dans les orientations budgétaires, année après année, aujourd’hui il est de plus question des universités et de la recherche qui sont le moteur de l’avenir, le nerf de la guerre économique mondiale.

Un Eurobaromètre récent a montré que l’opinion publique européenne avait une très pâle conscience des changements qui se produisent sur la planète. Non, Rotterdam n’est plus le premier port du monde, ni Hong Kong, ni même Singapour, c’est Shanghai.

Le monde change de vitesse et change d’échelle. Un exemple : le commerce des containers qui portait sur 40 millions de boîtes en 1980 atteint à présent 300 millions de boîtes.

Nous reconnaissons ce qui s’accomplit à Paris depuis quelques années et que les observateurs confirment, tant en ce qui concerne le tourisme d’affaires que les implantations d’entreprises, que les créations d’emploi, que toutes sortes de solution, plus inventives les unes que les autres. Nous reconnaissons aussi l’accélération des partenariats publics-privés, qui ont fait merveille depuis bien longtemps déjà dans des villes aussi sinistrées que Manchester, Birmingham ou Liverpool et qui apparaissent comme un triple accélérateur en matière culturelle  en matière de modernisation de la gestion publique et en matière d’investissement puisque cela accroît les capacités financières.

Mon intervention se concentrera sur trois points qui sont soit des silences soit même un drame.

Le premier silence est vraiment abyssal. C’est celui qui  ne fait aucune mention de la stratégie de Lisbonne. C’est une chose tout à fait étrange tout de même.

La stratégie de Lisbonne a été décidée par le Conseil européen de mars 2000, au moment où l’Union européenne a pris conscience du formidable bouleversement induit par la mondialisation et des défis inhérents à une nouvelle économie fondée sur la connaissance. Tous ces changements portant sur tous les aspects de la vie des personnes et des entreprises appelaient une transformation radicale de l’économie européenne.

L’Union s’est donc fixée alors comme objectif stratégique, pour la décennie 2000-2010, de « devenir l’économie de la connaissance la plus compétitive et la plus dynamique du monde, capable d’une croissance économique durable, accompagnée d’une amélioration quantitative et qualitative de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».

A mi-parcours de cette décennie, qu’en est-il ? Il apparaît  que les pays qui sont en tête de la compétitivité sont la Finlande, la Suède, le Danemark, l’Allemagne et la Suisse. La France n’arrive qu’en 9ème position, parmi les pays à performance moyenne. Or, les villes, qui regroupent 78 % de la population de l’Union européenne sont ou devraient être, autant que les Etats-membres, parties prenantes de la réalisation des objectifs de la stratégie de Lisbonne.

Une enquête d’octobre 2005, effectuée pour le Comité européen des régions, montre que 17 % des collectivités territoriales seulement considéraient avoir été impliquées correctement dans l’élaboration des plans nationaux de réforme. 80 % des collectivités territoriales estimaient n’avoir pas été suffisamment consultées par les Gouvernements nationaux. Pourtant, et je cite, « la clef du succès de la stratégie de Lisbonne réside dans la concertation entre l’Union européenne, les gouvernements nationaux et les collectivités territoriales. » Ce n’est pas moi qui le dis, c’est le président du Comité des régions européennes, le 28 juin dernier. Ce président est un Français, Michel DELEBARRE. Voilà un exemple supplémentaire de la schizophrénie française dès qu’il s’agit d’Europe.

Deuxième point de faiblesse. Il est grand temps de procéder à la clarification de la répartition des compétences économiques entre les collectivités publiques. Qui est responsable de quoi entre les collectivités ? Il faut que les entrepreneurs ne se heurtent plus, soit en face des administrations, soit en face du monde politique, à des hommes et des femmes qui seraient davantage des personnes d’objection que d’objectif.

Voyez le parcours du combattant : quand une entreprise veut s’implanter dans une commune, elle doit s’adresser à la Ville pour ce qui est de l’urbanisme, à la Communauté d’agglomération pour les achats de bâtiments, à la Région pour les aides économiques et, si elle est éligible, aux programmes européens tel Urban, Equal, le Feder, le F.S.E, etc. à l’Europe. Le fatras juridique est el, et ce n’est pas moi non plus qui l’invente, c’est la présidente du M.E.D.E.F qui le souligne lors du colloque organisé sur l’attractivité des villes, la semaine dernière, en compagnie de l’Association des maires des grandes villes de France, qu’il est grand temps que les entreprises et les élus travaillent ensemble à clarifier les compétences et à simplifier le cadre réglementaire et législatif trop complexe, castrateur et mortel, si l’on songe qu’en Chine, il suffit de trois mois pour réaliser ce qui nécessite un an en France.

Pour que les entreprises françaises et étrangères se développent sur notre territoire, il faut créer un environnement favorable et non suspicieux. Cela suppose que les autorités publiques et les entreprises travaillent la main dans la main et non les unes contre les autres.

A cet égard, la récente inauguration de « Bioparc », dans l’Est de la Capitale, dans le contexte du pôle de compétitivité « Médicen », est la meilleure réalisation qui soit. 

Pour moi qui suis une fan des pôles de compétitivité, je regrette que les élus parisiens n’aient pas été formellement associés à l’inauguration de ce qui a été une démonstration magnifique de partenariat à l’œuvre. C’est évidemment la bonne méthode d’aménagement du territoire, à condition toutefois qu’il ne s’embourbe pas dans une gouvernance bureaucratique.

Tout autant que ses synergies et ses partenariats, Paris doit penser et passer au développement, j’oserais dire de grands ensembles « transfrontaliers », à l’instar des liaisons Toulouse-Barcelone, ou de la Ruhr à la Lombardie en passant par Rhône-Alpes.

Nos ambitions, à nous, doivent être Paris-Ivry, Paris-Plaine Commune et beaucoup d’autres, à l’image de Grenoble qui a créé sa vallée de l’intelligence, de Grenoble à Genève.

Troisième et dernier point. J’en viens au drame qui fait notre honte commune et qui est le scandaleux sort que nous faisons collectivement aux jeunes.

Méprisés et oubliés au début de leur vie active, où sont les indispensables foyers d’étudiants et foyers de jeunes travailleurs, l’accueil dans la vie professionnelle au niveau de leur qualification ?

Nous attendons en plus d’eux qu’ils nous prennent en charge dans notre très longue vieillesse potentielle. Nous fabriquons nous-mêmes la guerre des générations à venir avec nos dettes à payer et nos retraites à supporter.

Notre première urgence est de fabriquer non pas des palliatifs, des aides, des pansements mais bien des emplois, des horizons, de l’avenir pour ces montagnes d’énergie et de talents qu’ils représentent.

En matière de recherche, oui à l’accueil organisé des chercheurs étrangers, mais d’abord non à la perte organisée de la substance nationale.

Nous formons, et notamment à Paris, des chercheurs parmi les meilleurs du monde. Nous investissons avec l’argent des contribuables français et ensuite, nantis de ce bagage, ils sont appelés où doivent aller apporter leur vitalité, leur inventivité, leurs connaissances aux laboratoires américains et australiens.

Il faut inverser ce processus. Il faut qu’après quelques années enrichissantes à l’étranger, ils reviennent. C’est ainsi, avec ces allers-retours, que l’Irlande a bâti son miracle économique.

Il nous faut donc aussi penser, et c’est une nécessité, à un changement profond dans la gouvernance des universités, en venir à l’autonomie des universités afin qu’elles libèrent leur potentiel créateur et que les décisions soient prises rapidement et efficacement par des équipes restreintes. Cela devient une question de survie par rapport à leurs homologues européennes ou étrangères.

La France se place dans les premiers pays européens par ses atouts formidables en nombre et en qualité de chercheurs. Les classements européens la propulsent au somment du palmarès mais c’est à elle de les retenir.

Enfin, pour conclure, je pense que nous devons faire nôtre ce leitmotiv : qu’il n’y ait plus de jeunes sans métiers et qu’il n’y ait plus de métiers sans jeunes.

Je vous remercie.

par Geneviève Bertrand publié dans : Recherche et innovation
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Mardi 28 novembre 2006

CONSEIL DE PARIS 25-26 Septembre 2006  

 

 Vœu présenté par les membres du Groupe UDF au Conseil de Paris relatif au décret du 11 août 2006, excluant la Ville de Paris et la région Ile-de-France du Conseil d’administration de la RATP.

Considérant que, le 11 août dernier, le gouvernement a, par décret, mis un terme à la représentation de la Ville de Paris et de la région Ile-de-France au sein du Conseil d’administration de la RATP, en l’absence de toute concertation avec ces deux collectivités ;

Considérant le rôle majeur de la RATP, entreprise publique, dans les déplacements quotidiens des parisiennes et des parisiens ;

Considérant qu’il revient à la collectivité parisienne, de définir la politique de déplacement dans la Capitale ;

Considérant que les seuls élus qui, dès lors, continuent de siéger au Conseil d’administration de la RATP sont directement nommés par le gouvernement ;

Considérant que les projets pour lesquels la RATP et la Ville de Paris doivent coopérer sont nombreux (tramway et Mobilien par exemple) ;

Considérant que ce décret ne participe nullement d’une authentique logique de décentralisation dès lors qu’il exclue la Ville et la Région, financeurs incontournables des infrastructures de transports, de la gestion du plus important opérateur de transports en commun à Paris et en Ile-de-France ;

Le Conseil de Paris émet le vœu que : Le Maire de Paris demande au gouvernement l’abrogation du décret du 11 août 2006 et le retour à la situation ante, c’est-à-dire, la réintégration immédiate des représentants de la Ville de Paris et de la région Ile-de-France au sein du Conseil d’administration de la RATP.    

par Geneviève Bertrand publié dans : Transports et mobilités
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Mardi 28 novembre 2006

CONSEIL DE PARIS 10-11 JUILLET 2006

INTERVENTION de Madame Geneviève BERTRAND sur le Budget Supplémentaire pour 2006

Monsieur le Maire, 

 

Le Budget supplémentaire que vous présentez aux débats du Conseil de Paris, à mi parcours de l’exécution budgétaire 2006 soit 3 % du Budget Primitif, est limité dans son ampleur d’un montant de 210 millions d’euros, mais significatif dans ses priorités.

Il est limité dans son volume, quelques recettes supplémentaires permettant à la fois de faire face à des besoins lourds comme les acquisitions foncières, la construction de logements sociaux, les transports publics et à des attentes conjoncturelles comme les 50 chambres en foyer de jeunes travailleurs pour les agents de la Ville en difficulté d’hébergement ou la prime exceptionnelle pour les sapeurs-pompiers à l’instar de celle versée aux personnels de police, après les flambées de violence de novembre 2005.

Il faut, ce faisant, reconnaître une belle maîtrise de l’élaboration du Budget 2006 puisque seuls des ajustements de faibles montants sont à effectuer.

En recettes supplémentaires, le report de 129 millions d’euros de l’exercice précédent ne me paraît pas signe d’une gestion critiquable, quelques dotations supplémentaires de l’Etat non plus, un supplément de taxe professionnelle, encore moins.

Ce qui suscite, en revanche, une interrogation pour le groupe UDF, c’est la modicité affichée de recettes nouvelles dues à la fiscalité immobilière. Vous inscrivez 50 millions d’euros quand, l’an dernier, vous portiez le surcroît des droits de mutation à 90 millions d’euros. D’une année l’autre, le produit total des droits et taxes immobilières ne cesse de croître.

Certes, il convient d’être prudent devant une recette qui peut connaître des accidents, comme en 1992-1993 où elle s’était effondrée de 1 milliard de Francs.

Mais les signaux d’alerte des professionnels de l’immobilier nous semblent davantage d’ordre tactique qu’empreints de réalisme, puisque l’explosion des prix n’est pas un phénomène isolé parisien, mais s’applique autant aux autres régions qu’à l’Ile-de-France et au moins autant aux autres métropoles mondiales qu’à Paris.

La répartition de ces recettes supplémentaires ne surprend guère. Elle s’inscrit dans la ligne de votre option préférentielle pour les dépenses sociales, lesquelles, vous le rappelez, atteignent une augmentation de 70 % depuis 2001.

A côté des investissements sociaux qui s’imposent, il y a l’accompagnement social et, dans tous les champs d’intervention, il y a matière à dépenser plus pour servir mieux, de la petite enfance aux personnes âgées, aux personnes migrantes, aux personnes handicapées.

Je ne reprendrai pas les chiffres que vous venez de rappeler.

Mais à côté de ce dynamisme social qui se traduit par toujours plus d’assistance, plus de soutien  mais aussi plus de dépendance, qu’est-ce que ce Budget supplémentaire peut bien traduire en termes de dynamisme économique pour la Capitale ?

Trois lignes y sont consacrées, qui attribuent 3 millions d’euros aux pôles de compétitivité auxquels la Ville participe, 5 millions d’euros en autorisation de programmes pour l’Institut du cerveau et de la moelle.

Ma question est la suivante : est-ce suffisant à ce stade, compte tenu des engagements de notre collectivité, pour contribuer à la plein montée en puissance des pôles de compétitivité ?

N’y a-t-il pas urgence à prendre en compte les contraintes qu’affrontent les professionnels, par exemple en matière de circulation et de stationnement ? en facilitant davantage les implantations économiques ?

Nous connaissons l’antienne des m² de pépinières d’entreprises, d’hôtels industriels, d’incubateurs.

N’y aurait-il pas lieu de redéployer par les arrondissements de l’Ouest les facilités d’implantation de jeunes innovateurs, qui puisent de la recherche un développement, pour éviter que ceux-ci ne migrent vers la première, puis la deuxième couronne de Paris ?

Monsieur SAUTTER a annoncé, jeudi dernier, à la Commission des Finances, l’inauguration en octobre prochain d’un Biopark dans le quartier Masséna. Nous attendons de cet événement un grand retentissement à la hauteur des attentes et une visibilité de l’engagement parisien. 

Sur le terrain de l’attractivité internationale, les derniers bilans recensés par l’Agence Régionale de Développement (ARD) de Paris Ile-de-France ne laissent pas d’impressionner : le regain de l’attractivité de la Région s’affirme parmi les autres grandes régions d’Europe, selon le Financial Times, les cabinets KPMG ou Ernst & Young, sans qu’il soit possible d’individualiser Paris.

Mais attention à ne pas se bercer d’illusion. Le même cabinet Ernst & Young a analysé pour l’UNICE (Union des Confédérations de l’Industrie et des Employeurs d’Europe) la probabilité à plus long terme d’une évolution qui placera l’Allemagne largement en tête pour l’attractivité de sièges sociaux étrangers pendant que l’Hinterland qu’elle s’est constituée avec la Pologne, la Hongrie, la République tchèque ou la Slovaquie constitue sa base arrière de délocalisations de production avec une main-d’œuvre qualifiée à salaire encore modérés.

Que la cohésion européenne vienne à se relâcher et c’est l’Allemagne et son Hinterland qui émergeront par la puissance et la rationalité de leur organisation.

C’est pourquoi il apparaît plus absolument nécessaire que jamais de replacer la France et Paris dans l’opportunité européenne, seule chance durable de garder un rang mondial élevé.

La presse faisait état, vendredi dernier, à trois jours de nos débats, d’une note adressée par Monsieur le Maire de paris à ses adjoints sur la nécessité de rationaliser les dépenses et de prospecter d’autres sources de financement pour les associations bénéficiant de grosses subventions de la Ville.

Un gisement de financements alternatifs existe, ou plus exactement a existé, de 2000 à 2006. Ce sont les fonds structurels et les instruments financiers de programmes européens. La liste de ces fonds et les modalités d’accès sont précisément détaillées dans ce « Guide des aides de l’Union européenne » élaboré par le député européen centriste Thierry CORNILLET du groupe ADLE.

Voilà un vrai travail utile.

Nous avons tous en mémoire l’incroyable réplique du Président de la Commission européenne Monsieur BARROSO, à l’automne dernier, après les émeutes de banlieues et à la face des responsables français désemparés : la Commission, annonçait-il en substance, était en mesure de mettre sur la table, très rapidement, 50 millions d’euros pour aider la France.

D’où venaient ces millions ? de fonds destinés depuis l’an 2000 notamment aux banlieues françaises et non encore mobilisés à la fin de 2005. Multiples sont les niches des programmes européens où gisent des crédits destinés aux associations, aux universités, aux entreprises, aux collectivités locales qui n’ont pas été sollicités et mobilisés à temps.

J’en donne un exemple. Les unités de Cadets de la Brigade des Sapeurs-Pompiers de Paris connaissent un vrai succès et un réel engouement de la part des jeunes, notamment en banlieue, sont en manque de crédits pour les multiplier. Voilà typiquement une action du ressort du programme URBAN II, crédits qui n’ont jamais été envisagés.

Or voilà, nous le savons, les crédits des prochains programmes 2007-2013 seront nettement moins généreux, la France n’en étant pas peu responsable, et les ayants droit beaucoup plus nombreux : d’ores et déjà les petits dragons de la Baltique, la Slovénie, la Pologne et les autres nouveaux membres font sauter leurs carcans administratifs qui, nous, nous entravent encore, et foncent à l’instar de l’Irlande, pour utiliser à fond le levier économique offert par la dynamique européenne.

La période de programmation des futurs fonds et instruments structurels qui s’élèvent à 336 milliards d’euros, cette période va se terminer en décembre 2006.

L’un des trois axes, celui de la compétitivité, rencontre exactement les préoccupations parisiennes.

Il est grand temps, d’ici la fin de l’année, de convertir les esprits et les compétences à ce qui demeure, en dépit des erreurs politiques du moment, la plus grande chance d’avenir de notre Capitale. Dans cette attente, le groupe UDF s’abstiendra lors des votes de ce budget.

Je vous remercie.
par Geneviève Bertrand publié dans : Budget de Paris
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